Je suis dans un bar de Brugge et son absence me gruge. Moi qui avait cru que je pourrais parler en français en Belgique; je n’entends que de l’anglais et du néerlandais, partout autour de moi. Les gens trinquent, rient et fument. Ça c’est le comble du dépaysement.
J’ai loué un laptop pour renouer un peu avec le Québec. Ici, il est 11h PM. Avec un peu de chance, tout le monde va être rentré du boulot et je pourrai chatter avec quelques amis outremer. À la radio, on entend Hotel California. Je n’aime pas particulièrement cette chanson, mais en lisant les courriels de celle que j’aime, un verre de Kwak près du coude, ça s’endure. Tiens, une jeune dame m’approche.
- Excuse me, can I use your comp’ for a minute. I’ll give you 1 Euro…
- Uh sure! But you can keep your money.
Elle glande ainsi sur l’ordi en souriant, se présente, me dit qu’elle vient de Californie, me parle de choses que l’alcool m’empêche de traduire et quitte la table en disant «oh, you’re sooooo sweet». Ça je l’ai compris.
Je retourne à mes courriels qui s’épuisent. Avec le recul, je devine que c’est probablement la Californienne qui a demandé la toune des Eagles plus tôt. Sur les ondes, c’est au tour de Nirvana de faire vibrer les murs. Ma muse apparaît sur mon Messenger et fait vibrer mon ventre.
C’est là que tout est devenu clair…
Jon, mon compagnon de voyage, entre dans la pièce, le front humide. Il revient de prendre des photos nocturnes. Il est heureux. Moi aussi. J’ai encore la journée de demain pour voir du paysage. Mais ce soir, c’est mon coeur qui est en voyage.

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