Il y a plusieurs années, je m’occupais d’une personne trisomique de 53 ans, tous les vendredis, pendant que sa tutrice allait faire les emplettes hebdomadaires. Il était grognon comme pas un. Mais attachant comme deux. Je devais veiller à ce que tout se passe bien pour lui, pour la période de l’après-midi.
Mes tâches se résumaient à le laisser vaquer à ses occupations préférées : écouter du Elvis dans le tapis et découper des vieux journaux en minces languettes. Je le surnommais secrètement l’homme-déchiqueteuse. Ensuite, je devais lui préparer un café noir instantané et lui servir une soupe chaude avec sa traditionnelle tartine de margarine.
Vers la fin de mon «shift», je regardais la télé avec lui. Pour une raison X, il n’endurait que Radio-Canada. Même s’il ne semblait ni comprendre, ni écouter. Si j’avais le malheur de changer de chaîne, je pouvais le voir brandir son maigre poing en maugréant quelques sacres à peine compréhensibles et audibles.
- T’arnak… Eh C’lisse…
Aujourd’hui, il est décédé. J’en garde un souvenir humanisant. Celui de la simplicité d’un homme sans trop de moyens qui se réjouit de peu… et qui se met en colère pour peu aussi. C’est fou comme la vie peut être réduite à sa plus simple expression.
