Cet après-midi, j’ai été sollicité à outrance. En entrant au métro Pie IX, on m’a offert avec insistance un journal Métro et un journal 24h. Dans le long couloir, un homme brandissait un verre en quémandant mon change. Plus tard, à Berri-UQÀM, on a voulu me vendre les deux dernières éditions de l’Itinéraire. Un peu plus loin, une dame pleurnichait avec sa fille pour avoir de quoi manger. En entrant dans l’Université, une troupe de joyeux excités hurlaient en secouant des chaudières de monnaies pour ramasser de l’argent pour Centraide. Deux jeunes branchés ont voulu me vendre des billets pour LE PARTY de la session. On a aussi essayé de me refiler trois publications étudiantes alors que mon pas était plus pressé que le citron des sollicitations.
TABARNAK!
Je vous jure que ce n’était pas un sacre gratuit. En fait, si j’avais du coeur, j’aurais probablement pu dépenser 50$ en me rendant à mon cours d’Atelier d’écriture. Alors ne me parlez pas de gratuité!
Ce mois-ci, j’ai donné de l’argent pour Movember, une cause que je trouve intéressante, bien présentée, humoristique… mais surtout une cause pour laquelle on n’a pas tenté de m’intercepter dans mes déplacements. Je ne suis pas une truite qu’on hameçonne au passage avec des pamphlets et des «excusez-moi monsieur». Je suis écoeuré de me sentir coupable parce que je ne mets pas une poignée de ma générosité dans chacun de vos barils de poulet frit. C’est une pression sociale insupportable. Et c’est encore pire lorsque la caissière de l’épicerie me fait sentir comme un minable quand je refuse d’ajouter un montant X à ma facture pour les enfants malades.
Cette semaine, j’ai signé une pétition pour demander la démission de Jean Charest. Je l’ai signée parce qu’on ne m’a pas attrapé irrespectueusement par la manche alors que je me baladais. Je l’ai signée sur Internet. Je l’ai aussi signée parce que, ultimement, je souhaite que Jean Charest démissionne. Si ce gars gérait bien le Québec et que la richesse était bien répartie, peut-être que je n’aurais pas besoin de donner à gauche, à droite, au milieu, par terre et au ciel!
(…)
Aujourd’hui, j’ai souri à un itinérant. Parce que c’est ça qu’il m’a demandé. Un sourire. Quand c’est rendu forçant de sourire à quelqu’un, c’est peut-être le signe d’un ras-le-bol général. À la place de penser à ce qu’on peut demander à la société, je pense qu’il est temps de penser à ce qu’on peut lui donner. Et ça ne passe pas toujours pas un fond de poche ou un coin de sacoche. J’aurais aimé terminer sur un cri de ralliement, mais j’utilise plutôt ce qui me reste de salive pour vous dire come on!
