...parce que les répercussions sont moindres

6 affirmations / 6 avril

1 ) Depuis le lancement de ce blogue en 2008, je n’ai jamais été aussi peu productif que lors du mois de mars dernier. En effet, je n’ai publié que 6 billets lors de ce mois. J’imagine que j’étais plus productif dans d’autres domaines…

2 ) Ah, ça me revient! J’étais probablement en train de travailler à mettre sur pied cette nouvelle plate-forme de publication en ligne pour les auteurs amateurs ou professionnels (quelle mise en scène!).

3 ) Vendredi dernier, je suis allé voir La Patère Rose en spectacle (cette formation est mon coup de cœur de la dernière année). J’ai beaucoup apprécié : lire bilan de la soirée.

4 ) Je suis content de voir les cyclistes ressortir de leur tanière. Ça me donne l’impression que je pourrai, moi aussi, pédaler bientôt. Comme je suis un adepte de Bixi – les vrais cyclistes me méprisent – je devrai attendre environ une dizaine de jours encore.

5 ) Ces temps-ci, je suis dans l’écriture. J’écris des textes. Des courts, des plus longs. Des bons, des médiocres. L’essentiel, c’est de trouver mon compte dans l’expérience.

6 ) J’aimerais que vous laissiez un commentaire à ce billet, peu importe qu’il soit positif ou négatif; bref ou interminable. J’ai envie de savoir qui est passé par ici. Un peu comme sur Twitter. L’interaction des blogues est en train de se perdre. Aidez-moi à la laisser survivre.


Les murmures d’Olivier

La soupe est froide. Mariette est assise seule à table. Cinq chaises vacantes amplifient la tristesse du portrait. Le pain est tranché. La croute est dure. Olivier n’a pas emballé la baguette de façon hermétique. Les cadres ne sont pas à l’équerre, comme pour justifier l’atmosphère misérable qui enfume la cuisine.

La soupe est glacée. Mariette pousse son bol d’un soupir qui s’économise. Le reflet d’une dame défaite miroite sur la coutellerie d’argent des grandes occasions. Dehors le vent siffle. Les planchers de la vieille maison craquent sans leur réconfortante régularité. L’absence d’Olivier survit à chaque distraction.

La soupe est figée. Mariette essuie une larme avec un sous-verre en dentelle. La croute du pain demeure la seule trace — désintéressée — de la dernière journée d’Olivier. Elle s’émiette au même rythme que les secondes qui sépare la mère désabusée de son fils désillusionné. Le Corps du Christ. Les murmures d’Olivier.


Un secret bien gardé

Il n’est plus comme avant. Ça se passe dans le regard. C’est vide. Il m’a annoncé qu’il voulait partir. Le Congo, la Pologne… c’est loin d’être clair. Il a prononcé ton nom à quelques reprises. Il affichait un neutre naturel qui me donnait envie de lui faire beaucoup de mal.

Il comptait de l’argent. Il pleurait de l’or. Je n’ai jamais compris pourquoi. Dans la foulée, j’ai même vu son pénis. Je te raconterai une autre fois. Je dois t’avouer que j’ai longtemps pensé à toi pendant ma brève rencontre avec lui. Comme si tu étais le point central de cet échange improbable.

Je lui ai mis mon poing sur la gueule. Comme ça, sans avertissement, au début du troisième paragraphe. Il a bien ri. Et il a continué de compter de l’argent, comme si rien n’était jamais arrivé. Ni au moment même, ni auparavant. Il pilait du fric sur son lit en murmurant des chiffres.

Il m’a offert un verre. J’ai accepté, plus par pitié que par soif. Chaque fois qu’il me regardait, je prenais une gorgée pour justifier mon silence. J’avais encore l’image des larmes d’or en tête. À quatorze carats la pleurniche, ça commence à valoir la peine. Si tu en doutes, passe le voir.

Et Sonia est arrivée, probablement pour complexifier l’histoire. Elle n’avait rien de spécifique à ajouter au récit. Un moment donné, j’ai compris qu’elle agissait comme un élément de décor qui venait briser l’effet de huis-clos entre lui et moi. À l’odeur, je crois qu’elle avait bu.

Neuf mille huit cents, neuf mille neuf cents, dix mille. Le compte était bon. C’est là qu’il a arrêté de compter. Puis, avec une nonchalance difficile à oublier, il a placé tout l’argent dans une poche de hockey. J’ai fini mon verre d’un seul trait et j’ai finalement osé une question.

— Pourquoi quand tu pleures ça coule doré? C’est pas normal!

— Va chier p’tit crisse de trou d’cul! Y’a des affaires que tu peux pas dire. Depuis que t’es rentré icitte, tu fais ton hypocrite. Out of the blue, tu me câlisses un coup de poing, tu dis pas un crisse de mot pis après tu penses que je vais te dire pourquoi je pleure de l’or? Tu peux ben aller chier!

Il m’a offert un autre verre. J’ai refusé, plus par peur que par envie. Il semblait offusqué par mon abstinence. J’ai profité de l’espace de malaise pour annoncer mon départ. Il a essuyé le sang sur le bord de sa bouche avec la manche de sa chemise. Il m’a salué avec une politesse inégalable.

Une fois dehors, j’ai pris quelques grandes respirations pour m’imprégner du moment. J’ai dû m’asseoir en face de l’immeuble pour retrouver mes esprits. Il devait être minuit et quart quand j’ai vu Sonia sortir à son tour. Dans ses bras, elle tenait quelque chose de gros, comme une poche de hockey.


Verso

Je suis le dos de page. Le verso du recto. Je suis le derrière de page. Le versant du rectum.

Pour les cheapos, je représente l’économie. Pour les patrons de bureaux, je ne suis qu’ergonomie.

- Ginette, sors-moi ça en quarante copies recto verso. Ça va prendre moins de place dans ma serviette.

Trouée en mon flanc droit, je suis la feuille que l’on retourne d’un doigt franc. Jamais je ne porte l’introduction d’un texte ; on me laisse plutôt les restes. Parfois, on abuse de ma surface pour prendre des notes à la mine. Des compléments d’information. Du griffonnage de fin de rencontre. Du surplus de paperasse.

Je suis l’envers de la médaille. Le berceau de l’endos. Je suis la page de seconde main. Le créneau des écolos.


Le gars du courrier (proposez votre propre fin)

On fait un jeu. J’ai commencé à écrire une courte histoire, mais je ne l’ai volontairement pas terminée. Je vous invite à poster votre propre fin en commentaire à ce billet. Rien de très long. Un paragraphe de 50 à 100 mots, tout au plus, qui s’inscrit dans l’essence du texte.

Il y a un nouvel affichage à mon travail. Commis de bureau classe I. Ça m’intéresse beaucoup, mais dans les couloirs, tout le monde s’entend pour dire que Jacques Fradette est pressenti pour le poste. Si je veux avoir des chances, je devrai le liquider.

Ici, je suis celui qu’on appelle «le gars du courrier». Presque personne ne me connaît sous mon vrai nom. Je m’appelle Marc-Antoine Bilodeau. Tous les matins, je récupère le courrier et je le distribue dans les 476 cases des employés. J’ai une case moi aussi, mais elle ne sert à rien puisque je prends toujours mes lettres à même la poche de tri. C’est ce qu’on appelle être aux premières loges. Ça me rend très fier. Je suis un employé rigoureux et silencieux. Et si je veux me démarquer pour le concours, je devrai éliminer la compétition.

Pour être admissible pour la promotion que je convoite, je dois d’abord soumettre ma candidature. Mais Suzanne Giroux, la fille des R-H, est sur le comité de sélection. Elle me déteste. Il me faudra la tuer pour être sûr qu’elle n’influence pas les autres avec ses préjugés.

Qui aurait cru un jour que je serais en lisse pour un boulot aussi important ? Certainement pas Julien Minville, ce jeune premier prétentieux qui ne manque pas une occasion de m’utiliser comme faire-valoir. Il m’est antipathique, mais je ne crois pas qu’il représente une menace dans ma démarche. Il n’a rien à foutre de cet emploi. Il est déjà bien placé au sein de l’entreprise. Mais comme je ne veux rien laisser au hasard, je vais l’éclater au passage. Au pire, ça me fera une case de moins à remplir si je suis condamné à rester au courrier.

Je suis allé chercher les formulaires pour me présenter. La secrétaire, Nathalie Caron, m’a souhaité la meilleure des chances avec du sarcasme dans la voix. Comme si elle prétendait que je ne faisais pas le poids. C’est sûr, je le jure, elle ne peut plus vivre.

Avant de retourner les papiers dûment remplis, je suis passé au bureau de François Lepage. C’est vraiment un bon gars. S’il y a quelqu’un que je suis capable d’endurer, c’est bien lui. J’avais besoin de sa signature pour postuler officiellement. Il a accepté sans hésiter. Il est comme ça Frank, il donne sans compter. En sortant de son bureau, j’ai vu Jacques Fradette y entrer. C’est un drôle de hasard. François ne peut pas m’endosser et continuer de fraterniser avec l’ennemi. Ça me fait beaucoup de peine, mais il devra mourir lui aussi.

Ce matin, en m’occupant du courrier, j’ai souri en voyant la case de Sonia Picard. C’est l’épouse de Fradette. Elle va être terrassée par le décès de son mari. Son capital de sympathie la placera en bonne position pour le concours. Son sacrifice me semble inévitable.

Et maintenant, c’est le temps de soumettre votre fin!


10 lexiques

Je suis allé voir le dernier film de Varine Kanasse et j’ai bien ri. Non pas qu’il s’agisse d’une comédie, mais j’ai le doigt d’admettre que le traitement porte beaucoup d’amour. Tous les Jean dans la salle avaient les rigoles aux joues. Il s’agit d’un film très ensoleillé, même si le scénario ne mentionne aucune scène à Rio. Le ciné-fil est aveuglé par le contraste. C’est un film qu’on regarde avec des lombrics brouillés, des vers enfumés, des verres fumés dis-je. À ce titre, je dois donner une maison honorable au réalisateur Venis Dilleneuve ; ce gala est un nase du travail bien fait !

La meilleure scène du mont-lettrage est certainement celle au cours de laquelle Jouis-Losé Houle regarde à sa fenêtre. Sa façon d’écarter les spores, pour tresser son champ de vision à travers les toiles vénériennes, est digne des plus grands plastiques du cinéma ! J’avais l’alarme à l’œil quand j’ai visionné ce saignement.

Je vais m’arrêter ici pour ne pas vous révéler la faim. Je ne veux pas mettre tous mes œufs dans le même papier. Or, si je devais donner un nombre de toiles pour ce film, j’irais assidument pour un quatre.


Caractères, un petit bouquin sans prétention qui se lit VRAIMENT bien

Très drôle d’avoir un titre prétentieux qui se prétend non-prétentieux…

Sur cette boutade verbale, je tiens à préciser que Caractères, mon nouveau petit recueil de texte comico-stylistiques, est disponible depuis lundi. Vous pouvez vous le procurer à 25% de rabais pour un temps limité (3.75$ au lieu de 5$) en suivant ce lien : http://caracteres.ca/commandez-caracteres/

Je tiens à remercier à l’avance tous les gens qui se procureront ce modeste bouquin. Je compte utiliser les maigres profits amassés pour publier de nouveau lorsque l’occasion se présentera.


Écriture automatique

Aujourd’hui, lors d’un atelier, j’ai dû faire de l’écriture automatique sur la thématique du «chez soi». Voici ce que ça a donné avec un chrono de 5 minutes :

Chez moi, c’est la vanille de la cuisine, la mangue de la salle de bain, le café du salon et l’odeur de «dodo» de la chambre à coucher.

C’est aussi le parfum de la douce, le caca du chat, le ronron du frigo autant que les visites impromptues du proprio.

On y rit, on y jouit, on y lit, on y regarde la tivi.

Autrement, y’a le plancher et ses caprices, ces craquements habituels qui ponctuent le quotidien comme une mélodie en bois-franc mineur.

J’ai comme des flashbacks. Chez nous on prend ses aises. Les habits sont moins formels qu’en d’autres lieux. On a la converse lousse. On se prête au jeu… Chez moi. Che’ nous!


Pourquoi écrivez-vous ?

Je suis en train de lire le livre «Écrire pour le petit écran» de Guy Fournier et un paragraphe a particulièrement attiré mon attention. Celui où il traite, dans un intense condensé, des raisons qui nous poussent à écrire.

On écrit pour exorciser ses frayeurs et ses fantasmes, pour vaincre ses inhibitions, pour apaiser ses désirs, pour s’affranchir de son passé et de ses complexes, pour gagner de l’argent, pour se prouver des choses à soi-même et les prouver à son entourage. On écrit par besoin d’extérioriser ses sentiments, d’exprimer son point de vue, de faire voir sa vision du monde et sa manière de penser, de se raconter tout en racontant des histoires. ON écrit par appétit de justice. On écrit pour changer le monde, pour se venger de ses proches ou les glorifier, pour avoir le dernier mot, par frustration et par plaisir aussi. On écrit pour apprendre à vivre avec ses semblables, pour mieux se connaître, pour décoder son conjoint, pour lui passer des messages, pour le choquer ou lui secouer les puces. On écrit pour approfondir ses relations avec ses enfants, pour tenter de les comprendre, pour se mettre dans la peau des autres, pour agir et juger à leur place, pour assouvir ses instincts même les plus condamnables. On écrit pour avoir raison – parfois contre le monde entier -, pour faire avancer les choses, pour défendre des causes ou les dénoncer. On écrit par désir de postérité, pour faire plaisir à sa famille, pour l’épater, pour l’écœurer ou en finir avec elle. On écrit par exhibitionnisme, par ambition et par vanité! On écrit pour apprendre à vivre et pour apprivoiser la maladie et la mort. On écrit pour voyager dans le temps, pour faire état de ses expériences, pour divertir, pour faire rire ou pour faire pleurer. Ai-je besoin d’ajouter que l’écriture est la meilleure thérapie qui soit? Supérieure à toutes celles qu’on pourrait entreprendre avec un psy, elle donne toutefois le même résultat : elle soulage mais ne guérit jamais !

Je trouve que dans le lot, il y a plein de bonnes raisons pour écrire. Mais il y en a aussi plusieurs qui sont mauvaises. De mon côté, ma grosse préoccupation, c’est d’écrire pour les bonnes raisons. J’en parlais dans un ancien billet.

Et vous, pourquoi écrivez-vous ?


Écrire pour les bonnes raisons

J’ai décidé d’enlever les petits compteurs de divers palmarès de blogues sur mon site. Je trouve que c’est décourageant de voir que je puisse passer de la première position à la 28e en deux jours, et ce de façon cyclique. Et au bilan, je trouve que ça sert à rien. Je ne veux pas être lu parce que mon blogue est bien classé, je veux être lu parce que les gens aiment ce que j’ai à raconter et/ou à offrir. Quitte à ne pas être lu si ce n’est pas le cas!

Dans un même ordre d’idées, je ne veux pas me mettre à écrire pour entretenir la horde. L’écriture, sous diverses formes, a toujours fait partie de mes passions. Si je me mets à écrire pour les mauvaises raisons, je vais devenir blasé et parler des sujets de l’heure pour attirer Google vers mon blogue, comme je le ferais en lançant des miettes de pain à une mouette.

Je veux écrire pour les bonnes raisons. Écrire quand j’en ai envie. Commenter ce que j’ai envie de commenter. Sombrer dans les exercices de styles quand je me sens plus créatif. Laisser ma plume électronique figer son encre sans contraintes.

Et j’espère que c’est ce que ce blogue saura vous offrir dans les prochains mois.