...parce que les répercussions sont moindres

L’angle mort à l’arrêt

Je suis au coin Bellechasse et 26e avenue. J’attends l’autobus.

Je ne me formalise plus des regards vineux qui maudissent la jeunesse pour se soulager d’avoir gaspillé la leur. Cet homme de 46 ans – qui a pourtant l’air d’en avoir 62 – murmure des sacres pour se convaincre que ça va faire arriver l’autobus plus rapidement.

Cette jeune femme tient son café depuis trop longtemps. Il rayonne de froideur. C’est probablement pour écarteler ses doigts et exposer son vernis fraîchement appliqué. C’est beau. C’est belle.

Cet ado attardé (jugement gratuit) fait sécher ses comédons au gré du vent. Il fixe l’horizon pour se donner un air profond. Une jambe à moitié fléchie, sur laquelle repose son skate, laisse entrevoir une lassitude commune.

L’homme moustachu, lui, brasse la monnaie qu’il a dans ses poches. Ça lui donne une prestance de bon vivant. On croirait voir un gérant de marché aux puces prêt à nous offrir le deal du siècle. Il est rassurant dans la grisaille.

(…)

Je me demande ce que tous ces gens pensent de moi. Probablement rien.

Tout ça est dans ma tête. Il n’y a pas d’autobus qui passe au coin Bellechasse et 26e avenue…


Chauffeur-opéra

Ce matin, le chauffeur de l’autobus 69 était vraiment cool. Ce gars-là call les arrêts en chantant dans le style opéra. Il avait une voix incroyable et il était très sérieux dans sa démarche. C’est devenu, l’espace d’un instant, mon idole.

Le bonhomme a une job bien ordinaire qui ne le fait probablement pas tripper et il a trouvé le moyen d’ajouter un peu de piquant dans sa vie. Et je suis sûr que les passagers lui disent souvent qu’ils le trouvent génial. Je n’ai jamais vu un chauffeur mettre autant d’ambiance dans son véhicule.

J’ai tiré une leçon de ce voyage en autobus. Quand tu n’aimes pas quelque chose dans la vie, trouve un moyen pour rendre ça moins pire. Merci chauffeur-opéra!


Libération virtuelle (première partie)

Question d’éviter d’envoyer promener tous les gens que je croise, j’ai décidé de venir me vider le coeur ici avec une «petite» liste des choses qui me dérangent actuellement.

- Les publicités de Ford, c’est de la grosse marde. Surtout la fille qui dit une phrase qui ne se tient pas : «sa consommation d’essence, j’adore ce camion». Lis donc les textes avant d’accepter un contrat boueux comme ça!

- Sortez donc par la porte d’en arrière de l’autobus. Quand vous sortez par en avant, vous retardez les nouvelles personnes qui veulent entrer. Comme il y a des gens qui font ça à chaque arrêt, le trajet prend le double du temps.

- Videotron va encore augmenter ma facture de 1$ par mois (pour la troisième ou quatrième fois depuis que je suis à Montréal). Ils disent que c’est pour améliorer le réseau et les services. Mais dans mon logement 4½, le service reste toujours le même. Je m’en sacre de vos améliorations réseau si je ne vois aucune différence chez nous. Comme je suis pris avec un contrat qui va me coûter plus cher à annuler qu’à maintenir, j’ai décidé que j’allais essayer de convaincre le plus de gens possible de se désabonner à chaque fois que j’en aurais l’occasion et que j’allais diminuer mes services lorsque c’est possible. Et c’est déjà commencé. J’ai désactivé ma boîte vocale (j’avoue que je ne sens pas vraiment puissant).

- Dans certains commerces, il y a désormais des valideuses libre-service pour les billets de loterie. Sauf que les gens à qui ça s’adresse (les-vieux-pas-de-vie-qui-n’auraient-même-pas-le-temps-de-dépenser-leur-gros-lot-s’ils-le-gagnaient) ne sont pas capable d’utiliser ces terminaux. Donc l’engorgement des gratteux aux caisses n’est pas réglé. Bravo!

- Les fumeurs qui disent que la cigarette les aide à rester mince, vous nuisez à la logique de la société. C’est comme si je disais que de vômir à tous les jours ça m’aide à rester mince.  Des trucs pour rester mince, il y en a une infinité si vous êtes prêts à compromettre votre santé.

- Les blogues que j’aimais le plus lire sont maintenant inactifs, fermés ou convertis en discussions de technologie 2.0 / SEO / marketing / PR / pétage de broue. Y’a juste tchendoh qui n’a rien changé. Des fois je pense que c’est ça mon «blues» du blogue. J’ai l’impression que je n’ai plus le fun que j’avais à faire ça parce que j’ai perdu le plaisir de communauté que je sentais vibrer autour de tout ça. Peut-être qu’ils avaient raison finalement les gens qui disaient que Twitter allait tuer les blogues.

(…)

Ok, j’arrête pour aujourd’hui, mais je me promets une deuxième partie pour évacuer le reste.


Merci madame!

Hier, dans l’autobus, un couple était assis devant moi et ils n’arrêtaient pas de me regarder étrangement. C’était quasiment gênant. On sentait un certain malaise. On dirait qu’ils avaient envie de me dire quelque chose… Je me sentais un peu comme si j’étais un artiste moyennement connu qui venait de se faire reconnaître.

Quelques arrêts plus loin, une dame vient s’asseoir près de moi et me demande si le porte-feuille qui se trouve au sol, à mes pieds, m’appartient. Effectivement, c’était bien mon porte-feuille. J’étais tellement content qu’elle m’ait fait remarquer ma perte. Elle m’a ainsi empêché de perdre toutes les cartes, une centaine de dollars et un certificat-cadeau chez Archambault. Merci madame, je vous ferais l’amour si je n’étais pas fiancé et si vous n’aviez pas 76 ans.

Joie, soulagement, gratitude…

En descendant de l’autobus, j’ai compris pourquoi le couple en face de moi me dévisageait. Ces deux hypocrites espéraient juste que je décrisse sans me rendre compte que j’avais perdu mon porte-feuille pour le ramasser comme des rapaces. Ou alors étaient-ils gênés de m’adresser la parole? Je vais leur donner le bénéfice du doute, mais des fois je réalise qu’on ne peut vraiment pas faire confiance à tout le monde.


Les gens de mon quartier

Je ne connais pas beaucoup de gens personnellement dans mon quartier, mais il y en a que je croise assez souvent pour leur donner des noms…

Boris le garagis’
Il est gros, costaud et chauve. Il a l’air d’un portier. Mais ses muscles, il les utilise pour transporter des pneus, deux par bras. Chaque matin, lorsqu’il descend de l’autobus, il s’allume une Peter Jackson Light pour l’accompagner dans les deux minutes de marche qu’il lui reste avant de se rendre au boulot.

Bébert le lambineux
Un bonhomme bien rond avec des sourcils touffus et une casquette blanche de pépère. Ce gars-là est tellement lent, c’est incroyable! Il préfère de loin manquer deux autobus que de s’auto-imposer le stress d’une marche rapide.

Jack-Sally
Jack-Sally, c’est un gars super masculin et super féminin en même temps. Il a une grosse barbe, il écoute du métal sur son iPod, il porte des chemises à carreaux, il a les cheveux longs comme un chevalier… mais il porte des barrettes roses dedans!

Anick
Elle n,a pas plus de vingt ans, elle est belle comme une actrice de soap et elle a déjà deux enfants dans sa poussette. Elle a vraiment une face d’Anick avec juste un «n». Elle sourit à tout le monde et se fait aider généreusement par tous les messieurs pour descendre ses bébés du bus.

Noémie la caissière
Elle travaille au dep. Elle a des allures de rebelle. Elle est mignonne et porte un piercing au menton. Je ne sais pas si elle a une face de Noémie, mais c’est ça qui est écrit sur son «name tag».


Mes frustrations du moment

- Les gens qui montent dans l’autobus pour descendre à l’arrêt suivant… chambre à gaz!

- Pourquoi quand je vais pisser, je rencontre toujours le même gars. Je ne le connais aucunement, mais c’est rendu qu’on se salue calvaire!

- Je n’arrive pas à avoir l’information que je veux au sujet des forfaits du nouveau iPhone qui sortira demain. Je téléphone à tous les comptoirs Fido et ça ne répond nulle part. Quelqu’un sait s’il faut prendre un forfait MINIMUM pour avoir le iPhone à 199$ ?


Autobus 33 direction Nord

Fidèle à mes petites observations d’autobus, je poursuis la tradition. Voici donc quelques strophes de transport en commun pour vos confus yeux :

- Quand ton enfant est rendu à 5 ans, la poussette, c’est un caprice.

- Les gens avec un gros thermos chromé pour leur café, je trouve qu’ils ont l’air professionnels. Il me semble qu’on a plus de chance de décrocher une job si on arrive avec ça à l’entrevue.

- Tiens, je pense que c’est la blogueuse Douce Rousse qui est là devant moi. Ah non, ça ne doit pas être elle. Depuis tantôt qu’elle me regarde, mais elle ne me salue pas. Ah mais bordel, c’est sûr que c’est elle. Je n’en connais pas 12 000 des rousses aux cheveux bouclés! Finalement, ce texte de son blogue en témoigne, c’était bien elle.

- Est-ce qu’un jour ils vont poursuivre le boulevard Langelier pour qu’il rejoigne son autre segment de l’autre côté d’Henri-Bourassa ? C’est un souhait profond. Quel détour de merde!

- Avez-vous déjà vu ça une face d’ovule? Moi oui!


Vos places préférées dans un autobus

Je ne sais pas pour vous, mais moi j’ai mes places préférées quand je m’asseois dans un autobus. Je dirais que j’ai mon top 5 personnel de sièges privilégiés. Sur le plan ci-bas – que j’ai fait moi-même, dans une approximation assez fidèle de certains modèles de la STM, à défaut d’en trouver un vrai - mes cinq bancs préférés, dans l’ordre, seraient les numéros 16, 18, 14, 17 et 13. Si je suis assis avec quelqu’un, je privilégie les séries 19-20 et 21-22.

Plan des sièges d'un autobus

Je pense que j’aime me tenir pas trop loin de la porte arrière pour ne pas avoir à bousculer trop de gens lorsque vient le moment de sortir, dans les périodes les plus achalandées.

Et vous? Quels sont vos sièges préférés. Et pourquoi? Vous pouvez utiliser le plan ci-haut sur votre blogue pour vous exprimer ou simplement répondre ici via les commentaires. Dis-moi où tu t’asseois et je te dirai qui tu es!


Autobus 139 direction Sud

Ça faisait longtemps que je ne vous avais pas embarrassé avec mes peties observations en autobus :

- On vient de croiser une automobiliste qui fumait en parlant au cellulaire en conduisant. Belle innocente. Mais belle quand même.

- Les gens avec des poussettes, ça prend 5 places, mais ça ne paye qu’un billet.

- Je viens de voir une pub d’Alexander Keith’s Premium White. Tiens, je vais essayer ça en arrivant!

- Ça pu le «swing». Je soupçonne le gros lard à ma gauche. Ça sent la boisson. Je soupçonne le vieil inuit à ma droite.

- Est-ce que c’est encore «in» les gars avec les oreilles percées ?

- Un vieux, les yeux remplis d’espoir, vient de se mettre devant moi. Dégage! T’auras pas ma place, je suis en train d’écrire!