...parce que les répercussions sont moindres

Il y a plusieurs années, je m’occupais d’une personne trisomique de 53 ans, tous les vendredis, pendant que sa tutrice allait faire les emplettes hebdomadaires. Il était grognon comme pas un. Mais attachant comme deux. Je devais veiller à ce que tout se passe bien pour lui, pour la période de l’après-midi.

Mes tâches se résumaient à le laisser vaquer à ses occupations préférées : écouter du Elvis dans le tapis et découper des vieux journaux en minces languettes. Je le surnommais secrètement l’homme-déchiqueteuse. Ensuite, je devais lui préparer un café noir instantané et lui servir une soupe chaude avec sa traditionnelle tartine de margarine.

Vers la fin de mon «shift», je regardais la télé avec lui. Pour une raison X, il n’endurait que Radio-Canada. Même s’il ne semblait ni comprendre, ni écouter. Si j’avais le malheur de changer de chaîne, je pouvais le voir brandir son maigre poing en maugréant quelques sacres à peine compréhensibles et audibles.

- T’arnak… Eh C’lisse…

Aujourd’hui, il est décédé. J’en garde un souvenir humanisant. Celui de la simplicité d’un homme sans trop de moyens qui se réjouit de peu… et qui se met en colère pour peu aussi. C’est fou comme la vie peut être réduite à sa plus simple expression.



5 Commentaires à “Richard”

  1. Anne | 3 juin, 2009 à 10:13

    Je me demande souvent ce que ça doit être la vie de parent d’un trisomique depuis que j’ai un enfant. Ses parents à cet homme là, ils étaient morts ou ils l’ont abandonné dans un centre depuis des dizaines d’années? C’est troublant d’y penser et je ne sais même pas si je peux vraiment en vouloir aux parents si c’est le cas. C’est lourd comme sujet, bleh. Finalement j’ai pas trop de point de vue, mais c’est une belle histoire.

  2. yaya | 3 juin, 2009 à 12:13

    @ Anne
    Pour mon cours de démarche d’intégration des acquis en Sciences humaines j’ai monté un petit blog sur la vie d’un enfant atteint de trisomie 21 et sa mère.
    Si ça t’intéresse: http://www.annaetkevin.wordpress.com

  3. Michelle | 5 juin, 2009 à 12:44

    La preuve que si nous prenons le temps de connaître ceux qui nous entourent, on peu trouver de la beauté partout.

  4. Marc-Antoine | 16 juin, 2009 à 13:10

    @yaya

    C’est quand même troublant, je pense connaître ce Kevin dont tu parles dans ton blogue. Pour info, je travaillais au Camp Papillon en 2007 et je me souviens très bien de la journée SQ dont tu parles ici: http://annaetkevin.wordpress.com/2007/07/06/juillet-2007/. Sinon bravo pour le travail, c’est très touchant.

  5. yaya | 16 juin, 2009 à 23:21

    Whoah, drôle de coïncidence !

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