...parce que les répercussions sont moindres

Texte #2 d’un triptyque réalisé dans le cadre d’un atelier d’écriture. Comme il s’agit d’une première version, vos commentaires et suggestions sont les bienvenus. Vous pouvez aussi lire le texte #1 et le texte #3.

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Je suis narrateur. C’est mon métier. Dans tous les bouquins, les livres, les ouvrages et les volumes que vous avez lus, c’est moi qui narre. La voix que vous entendez dans votre tête en lisant est toujours la même; la mienne. Si vous en doutez, accrochez n’importe quel texte et lisez-le. Vous allez reconnaître mon style, ma verve. Sinon, vous pouvez toujours chercher «Narrateur» dans la section des noms propres d’un dictionnaire qui se respecte. On me définit quelque part entre Napoléon et Néfertiti. Allez-y!

NARRATEUR (G. Narré, dit le narrateur), homme de lettres polyglotte, initiateur du courant narratif. Principalement reconnu pour sa conduite du récit, Narrateur fonde le Mouvement Internarrational Contemporain (MIC) en 1916, épaulé par le comité de ponctuation.

- Le Petit Larousse Illustré 2010

Je suis narrateur de profession. Si vous aviez lu le titre de ce texte, vous le sauriez déjà. Les «auteurs» m’engagent tous pour la même raison. Ils veulent que j’endosse les propos qu’ils n’assument pas. Ils ont un problème d’identification. Un trouble compulsif d’énonciation. Et mon nom n’est jamais imprimé sur les livres, pas même sur la quatrième de couverture. Heureusement qu’on me paye en conséquence pour que je renonce à mes droits de narrateur.

Je suis LE narrateur, avec un grand «LE»! Je narre à forfait. Je narre à crédit. Les commandes viennent de partout; je ne sais plus où donner de la plume. Parfois on me demande «mais comment fais-tu pour narrer aussi bien?». Je ne réponds jamais. On ne tutoie pas le narrateur. Je narre au «je», je narre au «il», je narre au «nous», mais lorsqu’on s’adresse à moi, je n’exige rien de moins qu’un «vous» bien senti.

Je suis LE SEUL ET UNIQUE narrateur. Celui qui vous fait rire et pleurer. Celui qui vous met en colère et vous émeut. De passage à Barcelone, un homme est venu à ma rencontre. Un bon bougre avec une gueule qu’on ne peut pas se payer. Une bouille de gagnant soutenue par une prestance irréprochable. Cette anecdote ne va nulle part, je voulais simplement vous faire la démonstration de mon talent narratif.



2 Commentaires à “Narrateur de profession (version 1)”

  1. Maxime DeBleu | 20 novembre, 2010 à 23:19

    Je ne sais pas pour le contenu du texte, mais la narration, elle, est excellente. ;)

    Très bon texte, bien travaillé. Je trouve que tu écris de plus en plus meilleur de bon. Lâche pas.

  2. lesbascroisés | 21 novembre, 2010 à 11:37

    Agréable à lire, tu coules définitivement dans les mêmes eaux que ton premier texte. Je dois t’avouer que je préfère celui-ci, il a une sonorité plus originale. Le dernier paragraphe est délicieux. Toutefois, j’ai pas accroché à 100% sur le bout de la définition Larousse, ça sort un peu du style du reste du texte.

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