L’angle mort à l’arrêt

 

Je suis au coin Bellechasse et 26e avenue. J’attends l’autobus.

Je ne me formalise plus des regards vineux qui maudissent la jeunesse pour se soulager d’avoir gaspillé la leur. Cet homme de 46 ans – qui a pourtant l’air d’en avoir 62 – murmure des sacres pour se convaincre que ça va faire arriver l’autobus plus rapidement.

Cette jeune femme tient son café depuis trop longtemps. Il rayonne de froideur. C’est probablement pour écarteler ses doigts et exposer son vernis fraîchement appliqué. C’est beau. C’est belle.

Cet ado attardé (jugement gratuit) fait sécher ses comédons au gré du vent. Il fixe l’horizon pour se donner un air profond. Une jambe à moitié fléchie, sur laquelle repose son skate, laisse entrevoir une lassitude commune.

L’homme moustachu, lui, brasse la monnaie qu’il a dans ses poches. Ça lui donne une prestance de bon vivant. On croirait voir un gérant de marché aux puces prêt à nous offrir le deal du siècle. Il est rassurant dans la grisaille.

(…)

Je me demande ce que tous ces gens pensent de moi. Probablement rien.

Tout ça est dans ma tête. Il n’y a pas d’autobus qui passe au coin Bellechasse et 26e avenue…

 

5 réactions sur “L’angle mort à l’arrêt”

  1.  

    Si Si, il y a l’autobus Hors-Service qui passe de temps à autre.

  2.  

    Hey «Pas Jean»! Depuis quand ton blogue est privé?

  3.  

    Depuis exactement X minutes.

    X représentant le temps en minutes depuis que mon blog est rendu privé.

    Une autre variable inconnue du nom de Johanne vous permettra de trouver la solution à l’aide la formule suivante:

    Johanne * La vie / L’internet = X

  4.  

    J’en ai soupé des gens qui mettent tout sur le dos de Johanne. Ok, elle a le dos large, mais y’a des limites!

    En plus, ton équation a trop d’inconnus. La vie est indéfinie, y’a rien de plus flou que l’Internet, X demeure X et Johanne est variable dans le temps. Et y’a le facteur «piment» qui est sous-jacent. Mais ça tu omets de le dire!

  5.  

    Aaaaargh! « Le piment sous-jacent », c’est justement le titre de mon autobiographie non-autorisée. (Présentement en diffusion diffuse sur un blog privé près de chez vous)

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