...parce que les répercussions sont moindres

La faim du libraire

Il était là, derrière son îlot, à étiqueter des romans auxquels il ne croyait pas. Toujours déçu des nouveaux arrivages, comme un patron exigeant qui a vu d’autres rivages. Il pouvait flairer le talent à des milles. Mais en remplissant de polars un rack, il n’avait d’envie que pour un snack.

J’prendrais une p’tite bouchée, dit-il d’un ton inégal, à travers sa barbe sale.

Ventru avant la quarantaine, ce commerçant de quartier n’aimait plus son métier. Il n’y demeurait que pour assurer la continuité familiale dans le domaine du bouquin… excluant les Harlequin. Il avait ce don pour déceler le génie. Mais en lisant un roman sans punch, il ne pensait qu’à l’heure du lunch.

Oh boy! j’ai un p’tit creux, dit-il avec son haleine de gin, esquissant un sourire misogyne.

Il était là, avachi devant son comptoir, à insérer des signets dans quelques publications de renom. Mais il se foutait désormais des romans primés, autant que des oeuvres opprimées. Il savait reconnaître un vrai miracle. Mais ne voyant aucun client au parking, il se voyait déjà chez Burger King.

À moins que j’fasse livrer, songe-t-il en ce mardi, toujours le regard engourdi.

Il a hérité de l’entreprise de son grand-père, de l’expertise de son père et des yeux de sa mère. Libraire par défaut, il n’en faisait désormais ni assez, ni trop. Il avait cette force pour reconnaître les meilleurs. Mais en faisant l’inventaire sur son Mac, il ne songeait qu’à bouffer un Big Mac.

J’vais fermer à 3 h aujourd’hui, lâche-t-il en sortant ses clés et ses verres Oakley.


La nuit des longs couteaux

Tant qu’à être parti dans la poésie, je vous copie-colle un vieux truc que j’avais écrit pour un journal étudiant. C’est un texte poético-historique relatant la fameuse nuit des longs couteaux. Encore aujourd’hui, je ris quand je tombe sur un couteau de marque «Trudeau».

Bonne nuit messieux, bonne nuit premiers ministres
Nous ne rapatrierons pas cette constitution
Bonne nuit Lévesque, profond soit ton roupillon
Tout ira pour le mieux, ne soyons pas sinistres

Et la lune à son zénith fît ombre aux siens
Alors que des mots de polichinels drastiques
Hurlaient dans un ciel pas très catholique
Pas très catholique pour ne pas dire Chrétien

Rapatrions, bafouons tous la loi 101
Bafouons tous, prenons des décisions sans un
Un qui ne voudrait jamais comprendre «anyway»

Rage et colère dans un moment plus qu’opportun
Payons encore le prix sans être compensés
Bataille inégale, tant de couteaux contre aucun


Poésie fruitée

Autant de dédain envers ce fruit qu’est la prune
Ont ces hommes, qui, régularisés par elle
Vont fluant, sans souci de la bourgogne perle
Malgré l’indifférence, elle dort sans rancune

Le pain aussi c’est bon… avec un peu de Nutella MIUM!

Voilà que je m’égare, revenons à la prune
Avant que suicidaire, elle ne se fonde en brume
Se noyant dans son jus, en glissant sous un fruit
Un fruit beaucoup plus gros, l’écrasant sans un bruit.


Un dimanche entre tes hanches

C’est dimanche, je l’ai entendu entre les branches.

Dans la ruelle, le clébard du voisin jappe comme un con. Ça sent la pluie, malgré un filet de soleil qui semble vouloir percer à travers les nuages. Les journaux qui existent encore sont aussi minces que les faits divers qu’ils contiennent. Ça sent la routine.

C’est dimanche, je me donne carte blanche.

Au fond, c’est juste un prétexte pour écrire n’importe quoi et faire comme si c’était semi-poétique. Ça sent la pluie, je l’ai déjà dit. Il fait de plus en plus froid, mais c’est encore abordable. Les faits d’hiver, ce n’est pas pour demain. Je me suis trompé. Ça sent la poutine.

C’est dimanche, et c’est parti pour la huitième manche.

J’ai comme un flash-back pas trop joyeux d’un petit grassouillet qui se bourre à même le pot de crème glacée napolitaine. Une pensée en noir et blanc. Ça sent la pluie, et cette fois je le dis pour la symétrie. Les faits d’hier, les souvenirs de demain. Ça sent les pralines.

Est-ce mon pire billet ever? Les votes sont ouverts!


Les cheveux en bataille, des lunettes de geek sur le nez…

C’est assez!

Mon humeur a dépendu trop longtemps du regard arbitraire des autres… de leurs mots moralisateurs, de leurs réprimandes maladroites, de leurs conseils cheap à 4 piasses la livre.

Cétacé!

Je ne suis pas une baleine. Je n’ai pas à porter le poids du monde sur mes épaules. Je n’ai pas à être ébranlé par les vagues et les remous. Toutes ces ondes, ce ne sont que des galets balancés dans la flaque. J’en ai marre.

Enough is enough!

Je n’ai pas à jouer rough pour faire taire ceux qui se pense tough. Je n’ai pas à prendre une journée off pour me remettre d’une journée bof… Mes détracteurs ne sont que des show off et je dois prendre ça plus soft!

(…)

Les cheveux en bataille, des lunettes de geek sur le nez, une barbe de trois jours dans le sang… je vais foncer et sauter par dessus ces barrières imaginaires pour enfin devenir celui que j’ai toujours rêvé être et celui qui sera digne de l’épouser…


Unspoken words from a young fella sitting on a bench covered with bird shit

Sometimes I’m wonderin’
While I’m eating a tangerine
What would we be feelin’
If the world suddenly stops to spin


Ses ruses s’usent, sa muse s’amuse

Il a dix ans de plus qu’elle. Il n’y a jamais pensé. Elle s’en fout. Ils sont tous deux issus du même milieu, ce qui leur a tôt permis d’alimenter leurs discussions à l’abri des regards.

Dans l’histoire, il est la rockstar déchue, elle est la prodige au potentiel qui ferait des jaloux. L’étoile filante et l’étoile montante. La bête et la belle. Il est un auteur qui fait dans les bassesses. Elle aime les hauteurs, mais préfère les bassistes.

La tension est pulpeuse. La tendance est palpable. Entre les taquineries calculées et les pointes de flèche en forme de coeur, ils s’observent sans raison. Il bougonne les possibilités. Elle revendique l’audace. Et les banalités fusent, au-dessus d’un ordre d’oeufs-bacon et d’une assiette de fruits. On s’appelle, on déjeune, ont-ils dit. On échange nos courriels, on échange nos fluides, diront-ils.

Elle a dix ans de moins que lui. Elle le narguera avec ça. Il s’en fera une fierté.


La morale de l’histoire : Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics ont autant de chances de se faire lancer des miettes de pain par les mouettes que l’inverse. Take a room!


Les quatre saisons dans le désordre (!)

Printemps, été, automne, hiver…
Demain sera pour toujours comme hier.

Été, automne, hiver, printemps…
On fait ce qu’on peut pour passer le temps.

Automne, hiver, printemps, été…
Le monde n’est pas à la veille de changer.

Hiver, printemps, été, automne…
Un même destin pour tous ces tristes hommes.


Ma p’tite coccinelle (le fil du destin PART II)

Suite illogique de ce texte.

Elle est entrée dans ma vie comme une coccinelle qui se faufile à travers un moustiquaire éventré par le temps. Rouge et vive, avec les pois de l’amour, sans le poids des conséquences.

Elle est le centre de mon univers, de mon décor l’envers. Elle est mon centre de gravité, mais c’est pas grave. Rouge et vive, avec ses points au dos qui m’empêchent d’avoir des points au ventre.

Elle est entrée dans ma vie comme une coccinelle qui se pose sur un flacon de cannelle. Rouge et vive, avec ses pointillés qui m’indiquent le chemin qu’elle a tracé avec minutie, pointilleuse.


Miss Butterfly

butterfliesJe les entends voler bien bas; ils parlent dans mon dos et se posent dans le tien. Si je suis encore heureux aujourd’hui, c’est qu’ils daignent me faire vibrer le bas ventre.

Nous sommes allés voir les papillons en liberté en fin de semaine et ça a confirmé une chose. Quand je suis avec toi, j’ai toujours des papillons… et ceux-là, jamais je ne les laisserai s’envoler.