...parce que les répercussions sont moindres

L’angle mort à l’arrêt

Je suis au coin Bellechasse et 26e avenue. J’attends l’autobus.

Je ne me formalise plus des regards vineux qui maudissent la jeunesse pour se soulager d’avoir gaspillé la leur. Cet homme de 46 ans – qui a pourtant l’air d’en avoir 62 – murmure des sacres pour se convaincre que ça va faire arriver l’autobus plus rapidement.

Cette jeune femme tient son café depuis trop longtemps. Il rayonne de froideur. C’est probablement pour écarteler ses doigts et exposer son vernis fraîchement appliqué. C’est beau. C’est belle.

Cet ado attardé (jugement gratuit) fait sécher ses comédons au gré du vent. Il fixe l’horizon pour se donner un air profond. Une jambe à moitié fléchie, sur laquelle repose son skate, laisse entrevoir une lassitude commune.

L’homme moustachu, lui, brasse la monnaie qu’il a dans ses poches. Ça lui donne une prestance de bon vivant. On croirait voir un gérant de marché aux puces prêt à nous offrir le deal du siècle. Il est rassurant dans la grisaille.

(…)

Je me demande ce que tous ces gens pensent de moi. Probablement rien.

Tout ça est dans ma tête. Il n’y a pas d’autobus qui passe au coin Bellechasse et 26e avenue…


Récit de mon angoisse en 12 blogues

Ma mère n’aime pas conduire parce qu’elle panique. Elle n’est pas née Suédoise, elle n’est pas née Russe, elle est née anxieuse et c’est comme ça.

Je ne veux pas jouer au gérant d’estrade, mais je soupçonne maman de m’avoir donné une bonne part de ses gênes nerveux. Mais je compte m’en sortir. Ils seront vaincus, à chaque pas que mes petits pieds pourront faire.

Je ne suis pas en train de m’auto-définir comme un gars imparfait parce que ma mère n’est pas une fille imparfaite. Non. Je n’aime pas les récits à l’imparfait et j’adore ma maman. Elle ne fait pas partie de ces mères indignes.

La raison de cette fébrilité héréditaire? Aucune idée! En fait, Hier j’t'ais chaud et j’ai voulu trouver le noeud. Au menu : de l’alcool… et pas de solution. Brandy, vodka, scotch et sloche… toujours rien. Mon inspiration ne demeure qu’une vague nébuleuse. Une voyageuse aquatique.


Ses ruses s’usent, sa muse s’amuse

Il a dix ans de plus qu’elle. Il n’y a jamais pensé. Elle s’en fout. Ils sont tous deux issus du même milieu, ce qui leur a tôt permis d’alimenter leurs discussions à l’abri des regards.

Dans l’histoire, il est la rockstar déchue, elle est la prodige au potentiel qui ferait des jaloux. L’étoile filante et l’étoile montante. La bête et la belle. Il est un auteur qui fait dans les bassesses. Elle aime les hauteurs, mais préfère les bassistes.

La tension est pulpeuse. La tendance est palpable. Entre les taquineries calculées et les pointes de flèche en forme de coeur, ils s’observent sans raison. Il bougonne les possibilités. Elle revendique l’audace. Et les banalités fusent, au-dessus d’un ordre d’oeufs-bacon et d’une assiette de fruits. On s’appelle, on déjeune, ont-ils dit. On échange nos courriels, on échange nos fluides, diront-ils.

Elle a dix ans de moins que lui. Elle le narguera avec ça. Il s’en fera une fierté.


La morale de l’histoire : Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics ont autant de chances de se faire lancer des miettes de pain par les mouettes que l’inverse. Take a room!


L’auteur crade qui se veut glauque

Il était assis juste là. Au même endroit qu’à l’habitude, dans ce resto semi-bourgeois. Elle se trouvait devant lui, impatiente et radieuse. Son emmerdement se respirait, comme un parfum de grande qualité qu’on aurait voulu liquider. L’auteur crade qui se veut glauque était fidèle à l’image qu’il aime projeter. Il était «boring» comme la vanille d’un pouding.

Il a changé son fusil d’épaule, déplacé sa fourchette et lancé quelques blagues pour détendre l’atmosphère.

Son repas a été déposé juste là. Au même endroit qu’à l’habitude, dans ce resto semi-bourgeois. Elle se trouvait devant lui, épuisée et resplendissante. Sa lassitude se palpait, comme un glaçon d’humidité qui perle en gouttelettes sur le cou d’un athlète. L’auteur crade qui se veut glauque était fidèle à l’image qu’il aime projeter. Il était «cheesy» comme d’une équipe le dernier choisi.

Elle a changé sa sacoche d’épaule, sorti un stylo et balancé quelques sourires maladroits pour détendre l’atmosphère.

Il est assis juste là. Au même endroit qu’à l’habitude, dans ce resto semi-bourgeois. Elle ne se trouve plus devant lui, passive et lumineuse. Ses talons claquent désormais en d’autres lieux, comme un tic-tac qui marque le temps et qui dévierge les tympans. L’auteur crade qui se veut glauque n’a plus besoin d’être fidèle à l’image qu’il aime projeter. Il est désormais «casual» comme un nouveau membre sur un réseau social.

Elle lui a laissé son numéro sur le coin déchiré d’un napperon en papier, espérant un retour, dans une plus intime atmosphère.


La triste histoire de Joey «Calvin» Sabourin

Dave Aubert – Hey Joey. Peux-tu m’expliquer pourquoi le monde te surnomment «Calvin»… Tu capotes sur Calvin Klein ou quoi ?

Joey Sabourin – Non, je fais de la calvitie…

Dave Aubert – Ah, j’suis déçu!

Joey Sabourin – Pourquoi? J’aime ça comme surnom Calvin moi…

Dave Aubert – Ouais, mais c’est quand même poche que tu fasses de la calvitie. Je compatie mec!

Joey Sabourin – Ah, mais ça m’dérange pas…

Dave Aubert – Si t’as besoin de support mon gars, j’vais toujours être là.

Joey Sabourin – Ta gueule!


Ce texte de très grande qualité a été écrit dans le cadre de ce jeu. Si vous n’aimez pas, c’est la faute du jeu. Si vous aimez, c’est de ma faute…


De la sangria au whisky

Un pichet de sangria cerné par le vide fait office de centre de table. Elle aurait dû être là depuis plus de trois heures, mais plutôt que l’aiguille de ses talons, c’est la plus petite de l’horloge qu’on entend claquer.

Les yeux plus vitreux que le dernier verre qu’il s’apprête à enfiler d’un seul trait, l’amoureux triste voit son rencart relayé au placard.

Tôt ou tard, il devrait sombrer dans le whisky, comme pour se convaincre que la sécheresse de sa gorge pourrait être la muse de ses pleurs. Et le temps passe et les «drunk calls» se multiplient. Pas de nouvelles. Pas d’espoir…

Dans un «fuck off» plus fort que la demande et l’offre, il avale une trentaine de comprimés roses et s’effondre au sol.

(…)

Au lendemain sur le paillasson, un jeune camelot balance un journal. À la une on relate un grave accident impliquant le décès d’une jeune femme qui se rendait à un rendez-vous.