Dans la nuit du 4 au 5, nul ne sait de quel mois, un cri sans faim (!) s’est laissé entendre sur la rue principale. La valse des rideaux et des lumières mettait en évidence les jaquettes curieuses et les torses protecteurs. Les enfants pleuraient à l’imparfait. La cacophonie résistait à la volonté du silence. Le cri a duré un bon quinze secondes selon ce qu’on raconte, d’un balcon à l’autre, en étendant le linge.
Justin Burninghall avait quitté de la même façon qu’il était arrivé : d’un souffle. Plusieurs histoires à son sujet circulaient encore dans les rangs et les avenues. Le fautif avait-il déversé sa honte dans la rivière avant de disparaître? Le mystère n’ayant pas été résolu, les villageois s’abstenaient de boire l’eau du robinet. Un mauvais présage, disait-on, ne s’évanouit pas sans laisser de trace.
Et moi je pense encore à toi.
La souffrance que son départ t’a causée m’a ouvert les yeux. C’était donc toi. La raison de ses illusions, de ces peines, c’était toi. Toi qui, sans trop le vouloir, l’as bouleversé plus d’une fois. C’était crissement toi. Toi qui, dans ton habituelle insouciance, lui as rongé les os avec candeur. Si seulement tu étais consciente de la folie que provoque ta beauté, du feu que tes pas sèment dans les cœurs étourdis.
Et moi je t’aime encore.
La vie pourrait reprendre comme avant. Comme avant. Je le crie cent fois par jour sans trop y croire. Les pépites d’or qui ornent désormais tous les trottoirs, d’une évidence criante, confirment qu’on n’oublierait jamais le passage du diable à Saintes-Philippines-des-Réverbères. Peut-être devrais-je partir. Le Congo, la Pologne… c’est loin d’être clair.
Quatre lignes par paragraphe, pour la symétrie. L’obsession demeure. Dans ma tête résonne encore le beuglement de cette nuit du mois d’avril, nul ne sait de quel jour, qui est venu rompre la routine […] Ton père a été réélu. On raconte que Sonia se serait acheté une jolie maison avec de l’argent sale. Le lilas ne fleurit plus. Et moi je pense encore à toi. Et moi je t’aime encore. Tue-moi aussi.